Prédication prononcée par le pasteur Laurent Schlumberger lors du culte d’adieu à Michel Rocard, jeudi 7 juillet

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Prédication prononcée par le pasteur Laurent Schlumberger lors du culte d’adieu à Michel Rocard, jeudi 7 juillet

DOCUMENT Texte intégral de la prédication prononcée par le pasteur Laurent Schlumberger lors du culte d’adieu à Michel Rocard, jeudi 7 juillet 2016

Extraits :

"Comment faire pour que ma vie ne soit pas vaine ? Comment atteindre la vie en plénitude ? Qu’est‐ce qui lui donnera son sel, son poids, sa valeur ? Qu’est‐ce qui justifiera pleinement mon existence ?

Et pour cela, précise‐t‐il, que dois-je faire ? ...

Aussi va-t-il vendre tout ce qu’il a et le donner aux pauvres, puis suivre Jésus. Après tout, il est sincère dans sa quête, et on ne renonce pas à toute une vie, à tout un acquis, sans considérer ce passé avec un moment de nostalgie.

Nous pouvons bien imaginer ce qui nous convient, mais le texte est muet et nous ne savons pas ce que cet homme va faire. Ce qui est sûr, c’est que, quoi qu’il fasse, sa démarche l’a déjà enfermé dans un piège de tristesse.

S’agit-il d’un problème de riches ? Certes, « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Mais le dialogue qui se poursuit élargit la question à tout être humain.

Penser que nous sommes ce que nous faisons nous voue à la tristesse. Mesurer la valeur de notre vie à l’aune de nos réussites et de nos échecs, nous condamne un jour ou l’autre à l’insatisfaction et à l’amertume. Cette logique du chiffre tue la vie. L’indexation de notre existence sur nos performances est un enfer. L’enfer du toujours plus, du toujours mieux, dont le piège se referme au jour de l’échec.

Peut-être est‐ce la raison pour laquelle nous admirons ceux qui ne sacrifient pas tout à leurs ambitions. Pour qui la fin ne justifie pas tous les moyens. Pour qui certes l’engagement est important, pour qui bien sûr il faut faire de son mieux, pour lesquels mille combats valent la peine, mais sans que la réussite ou l’échec décide finalement et de manière ultime de la valeur de leur vie.

... Mais ces engagements furent vécus sans la peur paralysante de l’échec, sans être durablement accablé par les faibles scores électoraux quand ils survenaient, sans la crainte de ne pas voir soi-même les résultats, sans les compromissions proposées pour atteindre tel objectif mais qui aurait été au prix du renoncement à soi-même. Une existence en somme qui donnait à percevoir qu’elle était animée par autre chose que par les réussites acquises ou espérées.

Mais alors si ce ne sont pas mes réussites qui donnent à ma vie sa valeur ? Et si ce ne sont pas mes échecs qui lui retirent son prix ? Si je ne suis pas, de manière ultime, ce que je fais, qu’est‐ce qui légitime mon existence ?

La réponse de Jésus ce jour-là devant ses disciples, et qu’à vrai dire il n’a cessé d’énoncer et de manifester, c’est ceci : ce n’est pas ce que tu atteindras qui justifiera ta vie, c’est ce qui la précède. Ce n’est pas ce que tu acquiers, c’est ce qui t’est donné.

Ce qui t’autorise à être pleinement au monde, c’est un appel : un appel qui t’est adressé et que tu reçois. C’est un nom : un nom qui t’est donné et que tu reçois. C’est une confiance : une confiance qui t’est faite et que tu reçois.

C’est ce que Jésus dit en substance ce jour-là à qui veut bien l’entendre : l’amour que Dieu vous porte vous libère de tout autre besoin de légitimation ultime de votre vie. La reconnaissance que Dieu vous adresse est première, sans condition, avant même que vous vous en trouviez digne ou pas.

Et Jésus n’a cessé de le manifester. En relevant le paralysé tenu à l’écart. En honorant le collecteur d’impôt considéré comme impur. En embauchant au même salaire que les autres l’ouvrier de la onzième heure oisif et délaissé. En fréquentant les prostituées méprisées. En touchant le lépreux repoussant. C’est ce qu’il montre en rejoignant les derniers des réprouvés par la mort sur la croix, signe de malédiction, et en traversant même cette mort-là.

En révélant cette confiance première et totale qui nous est faite, quoi que nous ayons par ailleurs à faire valoir ou pas, l’Évangile de Jésus‐Christ libère en quelque sorte du souci de soi. Et il rend ainsi disponible. Disponible pour soi, tel que l’on est. Disponible pour les autres, tels qu’ils sont. Disponible pour s’engager au service de tous.

Cette confiance première que l’on reçoit, qui ouvre les possibles et que l’on peut dès lors s’attacher à transmettre, Michel Rocard en a fait une expérience toute particulière dans les mouvements de jeunesse qu’il a fréquentés. Là, on me fait confiance, à ma mesure, à ma hauteur, et dès lors, j’existe ! Jusque-là, je pouvais bien être vivant, je n’avais pas encore vraiment ma place dans le monde, parmi les autres et devant eux. Mais c’est le fait même qu’un autre me donne sa confiance qui, de manière performative, m’autorise à exister. Son attitude signifie qu’il me reconnaît, qu’il légitime ma vie. Sa confiance me met au monde.

C’est pourquoi il est si important de recevoir une confiance fondamentale : la confiance qui nous est faite nous libère pour des engagements libres et féconds. C’est pourquoi il est si important de devenir à notre tour de patients et concrets semeurs de confiance, là où nous sommes, dans les responsabilités qui sont les nôtres, car le monde se meurt de confiances retenues, confisquées, ravagées.

...

C’est pourquoi je vous ai proposé d’entendre cette fameuse et si simple parabole de la graine de moutarde. La plus petite des graines, dit Jésus, qui semble dérisoire mais qui grandit sans commune mesure, jusqu’à accueillir les oiseaux du ciel.

Cette graine de moutarde qui s’épanouit et offre son ombre à tous ceux qui veulent s’y abriter ...

Cette graine de moutarde me parle de notre vie, dans laquelle une simple et authentique parole de confiance première peut ouvrir tous les possibles. Elle me parle de notre vie, qui trouve son sens ultime non pas dans nos réussites, pas plus qu’elle ne le perd dans nos échecs.

Notre vie reçoit son sel, sa lumière, sa raison d’être, de la confiance qui nous est faite, qui nous libère pour le service des autres et nous fait ainsi, à notre tour, semeurs de confiance. Amen. »

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