Présidentielle : A relire "Un pays en attente, riche de tant de possibles", extrait du texte des évêques "Dans un monde qui change : Retrouver le sens du politique" (14 octobre 2016) et un extrait du discours d’ouverture de Mgr Pontier de l’Assemblée plénière de printemps des évêques de France, le 28 mars 2017

Publié le par Webmestre

Esplanade du chateau de Vincennes le dimanche 15 avril 2012. / Lionel CHARRIER / M.Y.O.P

Esplanade du chateau de Vincennes le dimanche 15 avril 2012. / Lionel CHARRIER / M.Y.O.P

En cette avant-veille du 1er tour de l'élection présidentielle, nous pouvons relire avec profit cet extrait :

"10. Un pays en attente, riche de tant de possibles

Il est frappant de constater combien nos concitoyens aspirent, parfois confusément, à autre chose. Beaucoup se désolent de voir notre pays comme enlisé dans un état d’esprit qui ne permet pas de le voir retrouver élan et unité. Le désamour des Français pour la manière avec laquelle s’exerce la politique ne signifie pas pour autant un désintérêt pour les enjeux de la vie en société, mais plutôt l’aspiration à de nouvelles formes d’engagement citoyen(8). Retrouver la vraie nature du politique et sa nécessité pour une vie ensemble suppose de s’y disposer, de le choisir, de le permettre. Cela ne tombera pas du ciel ou par l’arrivée au pouvoir d’une personnalité providentielle. C’est le travail et la responsabilité de tous. Chacun à sa place constitue un élément du tissu national, et nous devons tous évaluer notre comportement. C’est à un changement d’attitudes et de mode de pensée qu’il faut nous rendre disponibles.

Notre pays est généreux mais il est en attente. Il est par exemple l’un des pays européens où la vie associative est la plus développée. Il a en son sein des capacités et des énergies qui voudraient pouvoir se libérer et se mettre au service de l’intérêt général. Pour cela, il est temps que notre pays se retrouve. Partout fleurissent des initiatives citoyennes, des désirs de parole (qu’il s’agisse des Veilleurs, des Cercles du silence, du phénomène des Nuits debouts, etc.). Elles sont parfois maladroites, inexpérimentées, instrumentalisées… mais elles manifestent toutes un désir de vivre et d’être écoutées. Elles sont souvent en rapport avec ce qui se cherche dans notre société autour de nouveaux modes d’existence. Sur le terrain du dialogue des cultures, nombreux sont les groupes et associations nouvelles, comme Coexister, qui travaillent avec énergie pour empêcher des oppositions et blocages culturels, et qui croient que la rencontre est non seulement possible mais féconde pour notre vie en société. Sur un autre plan, nous sentons bien que les enjeux écologiques et environnementaux sont en train de transformer en profondeur nos conceptions de la vie en société, et nous tournent vers des attitudes de simplicité, de sobriété, de partage. C’est bien ce que l’an dernier a voulu dire le pape Franc¸ois dans sa lettre-encyclique Laudato si’qui a eu un écho bien au-delà des catholiques (9). Il fait le lien entre crise sociale, crise écologique et crise spirituelle, appelant à repenser nos modes de vie en société. Ces mutations sont sans doute contraignantes mais sont pour un bien personnel et collectif durable, à condition de les porter et de les envisager ensemble. Là encore, nombreux sont ceux qui cherchent, expérimentent, se lancent dans de nouvelles manières de vivre.

Les nouvelles questions d’aujourd’hui nous obligent à réfléchir et agir. Elles peuvent se révéler une chance pour nous dire quelle société nous voulons. Sur tous ces sujets, il nous faut, à tous les niveaux, que nous reprenions le temps de la parole et de l’écoute pour éviter que le dernier mot ne reste à la violence.

(8) Voir le sondage Viavoice-La Croix, mai 2016 où 60 % des Français disent s’intéresser à la politique.
(9) Pape François, Laudato si’. Lettre-encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015, Paris, Bayard, Éd. du Cerf, Mame, 2015 ; DC 2015, n. 2519, p. 5-71."

> Pour lire cet extrait en PDF, clic sur le fichier ci-après :

A relire également, un extrait du discours d’ouverture de Mgr Pontier de l’Assemblée plénière de printemps des évêques de France, le 28 mars 2017 :

"Les responsabilités politiques

Le 20 juin 2016 d’abord(2) puis le 14 octobre 2016(3), le Conseil permanent des évêques de France a pris la parole pour participer au débat national qui allait être lancé en vue des futures élections. C’est un moment important de notre vie nationale puisqu’il s’agit d’élire d’abord le futur président de la République, puis les députés qui exerceront leur responsabilité, particulièrement, celle de voter les lois. Le document du mois de juin désignait quelques points d’attention précis en vue d’une lecture attentive des programmes électoraux. Celui d’octobre invitait à une réflexion plus fondamentale sur notre société : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». « Si nous parlons aujourd’hui, écrivions-nous, c’est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation (…) Plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué. Ce qui fonde la vie en société est remis en cause (…) La crise de la politique est d’abord une crise de confiance envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général. (…) S’il ne s’agit pas de rêver à une illusoire pureté dans les rapports sociaux et politiques, l’attitude et l’image de quelques-uns jettent le discrédit sur l’ensemble de ceux qui vivent l’engagement politique comme un service de leur pays. » La campagne électorale qui se déroule a apporté son lot d’informations, de suspicions, d’outrances, de fautes et finalement de violence même par rapport à cette part de la population française qui arrive tout juste à vivre et à faire des projets. Le rapport à l’argent peut aveugler et empêcher de percevoir le drame profond que vivent ceux qui n’ont pas accès au travail, à un logement digne, à la culture. Au cours de ces dernières années l’écart des revenus entre les plus riches et les plus pauvres n’a cessé d’augmenter. Ainsi notions-nous : « Une France inquiète des injustices, et qui comprend mal par exemple le salaire indécent de certains grands patrons pendant que l’immense majorité des petits entrepreneurs se battent pour que leur entreprise vive et se développe. » L’exercice du pouvoir est exigeant. Il nécessite une vigilance de tous les instants pour demeurer au service du bien commun et ne pas en tirer un profit personnel aux effets désastreux. Vivre dans une démocratie est une chance ; c’est aussi une responsabilité.
...

Les exigences de la fraternité

Souvent sont rappelées de manière incantatoire les valeurs de la République, telles qu’elles sont affichées au fronton des mairies : « Liberté, égalité, fraternité ». Il s’agit d’un idéal jamais atteint et toujours en chantier. Mais on pourrait dire qu’aujourd’hui la fraternité a besoin d’être mise à la première place. Non pas la fraternité affichée comme un vague sentiment qui donne bonne conscience, mais celle qui se transforme en engagement concret en faveur des plus défavorisés, des chômeurs et aussi des migrants, des réfugiés venus en France en fuyant les conditions de vie devenues dangereuses ou misérables dans leur pays d’origine. Heureusement, au ras du terrain, cette fraternité se vit dans un tissu associatif généreux, engagé, durable, qui mérite d’être encouragé et soutenu. Nous ne pouvons pas penser notre avenir, chacun replié sur soi-même. Certains le pensent. C’est un leurre. Ceux qui viennent chez nous et sont accueillis, peuvent s’intégrer, apporter leur savoir-faire, leur dynamisme et contribuer ensuite au bien-être de tous. Notre conviction chrétienne et citoyenne nous invite à la générosité, à la recherche du bien commun, à l’ouverture, à l’accueil, à la fraternité universelle avec le sens des responsabilités qui nous incombent. "

> Pour lire son discours en entier et en PDF, clic sur fichier ci-après :

+ Un bonus :
CERAS - Doctrine Sociale de l'Église Catholique - Les évêques au secours de la démocratie

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