Rencontre avec des militant-e-s ouvrier-e-s chrétiens par la Mission de France

Publié le par Webmestre

Nous avons rendez-vous avec Catherine Thierry, d’abord facteur puis ouvrière d’usine toute sa vie, ancienne membre du comité d’entreprise de Saint Frère, syndicaliste et visiteuse de prison, aujourd’hui retraitée, conseillère juridique des salariés licenciés, Catherine est également religieuse, Dominicaine Missionnaire des Campagnes, membre de la Mission de France.

À Flixecourt où elle réside, le Front national a fait 52% aux régionales. François Ruffin lui a demandé de témoigner dans son film « Merci patron » et elle a déclaré devant la ruine de son usine emportée par la spéculation de son propriétaire Bernard Arnault « l’évangile nous demande de choisir entre Dieu et l’argent ».

Radicalité de son engagement, porté par un fort tempérament, mais fraternité aussi, Catherine a le don de la réconciliation dans un monde marqué par les blessures psychologiques, les vieux antagonismes hérités, elle connaît chaque enfant des villages par son prénom, son engagement vient de loin, sa congrégation religieuse a choisi le travail ouvrier depuis sa fondation en 1932. Elle non plus n’a jamais accepté de promotion dans son travail.

Catherine Thierry, aujourd’hui âgée de 79 ans, partage désormais son temps entre le jardinage, le soutien juridique des ouvriers licenciés et l’accompagnement des catéchumènes.

Cela reste dur à vivre en fidélité aux deux réalités laïques et religieuses, Aline nous l’a confié « il y a deux Églises ceux des possédants et celle des gens qui n’ont pas grand-chose, quand on veut que les choses soient justes on est très seul ».

Elle nous livre deux interview qu'elle a réalisés.

Le premier avec José et Catherine :

José est chauffeur routier, syndicaliste, membre de l’A.C.O, il n’a jamais accepté aucune promotion et sa vie est marquée par le souci de l’action collective et de la défense des droits des salariés. Catherine est assistante maternelle et défend ses collègues à la commission d’agrément  suspendues parfois à la suite d’une simple main courante.

Le deuxième avec Stéphane et Aline :

Stéphane est originaire du village de l’Etoile, salarié de l’entreprise Bigard, personne ne connaît la religion chrétienne dans sa famille, et il est entré dans une église pour la première fois grâce à sa femme Aline et à ses filles. Il y a découvert une communauté qui est devenue sa famille « la religion catholique pour moi c’est l’amour » en contraste avec la dureté des relations ouvrières de son milieu, ou il n’y a « pas de pardon, pas de pitié ».

Le contexte :

La vallée de la Nièvre, verdoyante au cœur de la Somme, forme un ruban de 23 km regroupant 38 communes, elle se répand entourée de collines avec en son cœur les bâtiments industriels désaffectés, les cités ouvrières faites d’alignements de maisons colorées, enfin trois châteaux anciennes demeures des propriétaires, les frères Saint, traces d’un long passé industriel révolu initié en 1840 avec la mise en exploitation de la toile de jute et ayant compté jusqu’à 20 usines et 12 000 salariés.

Les usines textiles, qui occupaient une bonne partie de la vallée, ont été délocalisées, comme beaucoup d’autres à l’exemple de Whirlpool qui va quitter Amiens, et dont le parking vient d’être le lieu d’un célèbre débat entre le candidat Macron et le journaliste Ruffin.

En France, un million d’emplois industriels ont été perdus dans ces délocalisations en 15 ans. La résistance ouvrière qui a accompagné ces délocalisations a laissé des traces de fraternité nées dans les luttes, mais aussi de colère contre ce gâchis, dans ces terres marquées par le désir de justice, déboussolées par les défaillances des représentants politiques et aujourd’hui tentées par le Front national.

C’est dans ce contexte que François Ruffin, un enfant du pays, a réussi une percée inattendue, gagnant au second tour des législatives avec 56%

Il a pu compter sur quelques voix chrétiennes, car ici l’Église s’est ouverte depuis longtemps aux aspirations ouvrières, accédant, avec ses militants, au refus radical des injustices et à la réalité de la survie précaire.

Nous sommes très loin des affrontements entre religieux et laïques d’autrefois et signe de ce changement de climat, le village de l’Etoile. connu pour son athéisme a tenu à reconstruire son église quand celle-ci a brûlé.

La vitalité chrétienne est réelle : une quinzaine d’adultes se font confirmer chaque année dans la vallée.

Pour en savoir plus sur la Mission de France :

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